Aurélie Gonnet

Soutenance de thèse de Doctorat

23 novembre 2020
13h30

La soutenance s'organise en distanciel intégral, participation sur demande.


Thèse pour l’obtention du doctorat en sociologie, spécialité travail, présentée par Mme Aurélie Gonnet.

Titre : "Des orientations au travail. Une sociologie de la construction sociale des parcours, des expériences et des qualités professionnelles dans le cadre du bilan de compétences"

Le jury sera composé de : 

  • M. Didier DEMAZIÈRE, Directeur de recherche, CNRS (CSO, Science-Po) - Rapporteur
  • M. Jérôme GAUTIÉ, Professeur des universités, Université Paris I (CES) - Examinateur
  • M. Michel LALLEMENT, Professeur titulaire de chaire, CNAM (LISE) - Co-directeur
  • Mme. Françoise LAOT, Professeure des universités, Université Paris 8 (EXPERICE) - Examinatrice
  • Mme. Léa LIMA, Maîtresse de conférence HDR, CNAM (LISE) - Co-directrice
  • Mme. Sylvie MONCHATRE, Professeure des universités, Université Lyon 2 (Centre Max Weber) - Rapporteure
  • M. Éric VERDIER, Directeur de recherche émérite, CNRS (LEST, Université Aix-Marseille) - Examinateur

Résumé de la thèse

Premier dispositif public d’orientation professionnelle des adultes introduit dans le Code du travail en 1991, le bilan de compétences a pour objectif de permettre aux travailleuses et travailleurs d’élaborer, à l’abri du travail et de son « marché », un projet professionnel motivant et motivé, c’est-à-dire conforme à leurs attentes et cohérent avec leurs compétences. À travers l'analyse de ce dispositif d’action publique, cette thèse développe une sociologie de la construction sociale des parcours, des compétences et du sens du travail - en termes de direction comme de signification. Combinant approche socio-historique, démarche ethnographique (entretiens et observation) et enquête par questionnaire, la thèse s’attache d'abord à rendre compte de la manière dont l'orientation professionnelle et les professionnels de l'orientation investissent la question de la distribution sociale du travail et tentent de concilier des enjeux ayant trait au système productif, à la structure sociale et à l’individu-sujet. Elle analyse ensuite les pratiques et usages professionnels de l’orientation des travailleurs et travailleuses en situation d’insatisfaction professionnelle voire d’épuisement au travail.

Il ressort de l'analyse que, procédant à une relecture des expériences personnelles et professionnelles à l’aune des motivations individuelles systématiquement mises en exergue, les professionnelles du bilan de compétences participent à une reconstruction biographique des parcours individuels dans une logique de valorisation et de singularisation de soi et de ses qualités. Or, parce qu’il s’appuie essentiellement sur une démarche introspective et rétrospective et se trouve lui-même pris dans les logiques et limites propres aux politiques et pratiques d'emploi, de travail et de formation, le dispositif conduit moins à une stimulation des mobilités professionnelles et à l’instauration d’une véritable liberté de choisir son avenir professionnel qu’à construire des projets ancrés dans des expériences socialement déterminées, bâtis sur des qualités professionnelles et personnelles réifiées. Dès lors, le bilan de compétences tend à dessiner un horizon des possibles professionnels restreint et à focaliser l’attention moins sur le changement de métier ou d’emploi que de rapport au travail, à la faveur d'un rapport plus expressif et d’une subjectivation accrue de celui-ci. In fine, par la promotion d’une activation préventive, soit en amont de toute rupture professionnelle, et d’une logique motivationnelle, le dispositif favorise simultanément l'externalisation de la gestion des parcours professionnels vis-à-vis des lieux et temps de travail, et la responsabilisation des travailleuses et travailleurs enjoints à reprendre la main sur leurs choix professionnels, fussent-ils fait sous contrainte.