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Podcast "métiers anonymes", épisode 1 / Les secrétaires-assistant.e.s, une espèce en voie de disparition ?

Entretien avec François Granier, chercheur associé et chargé d’études au Cnam au laboratoire LISE (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique)

Publié le 18 avril 2019 Mis à jour le 3 septembre 2019

Les secrétaires et assistant.e.s survivront-ils à l’avalanche de l’informatisation des tâches, du big data et de l’externalisation de la main d’œuvre...? La réponse avec François Granier, sociologue du travail au Cnam (Laboratoire LISE) et auteur de l’ouvrage "Du clavier au Cloud, quels avenirs pour les secrétaires, assistantes et assistants."

@ Editions Raison et Passions

@ Editions Raison et Passions

Crédits musique : @The Artist Union / @Sonar Effects

Un portrait en dehors des cadres

François Granier nous retrace l’histoire de Lydia Delektorskaya, la secrétaire de Henri Matisse, femme de l’ombre qu’il place en tête d’affiche de son ouvrage « Du clavier au Cloud : quels avenirs pour les secrétaires, assistantes et assistants ? ». Tout à la fois secrétaire, muse, documentaliste et préparatrice de couleurs, le personnage émouvant de Lydia témoigne de la porosité du métier de secrétaire-assistant.e, à mi-chemin entre les sphères professionnelles et intimes.

"A quelques jours de sa mort, Matisse va faire un dernier portrait au stylo bille de Lydia et ses derniers mots sont : ‘ça ira comme ça.’"

Secrétaires et assistant.e.s du XXIe siècle, qui êtes-vous ?

"On est là devant un objet de recherche non identifié" 

Un objet de recherche non identifié, et qui plus est d’un drôle de genre : jusqu’à l’arrivée de la machine à écrire, le métier de secrétaire, aujourd’hui à 98% féminin, était autrefois assuré par des hommes… parmi lesquels un certain Henri de Maupassant.

A l’heure où les mutations technologiques inaugurent des métamorphoses non moins capitales que l’invention de la machine à écrire, les secrétaires et assistant.e.s sont-elles aujourd’hui, comme les expéditionnaires d’autrefois, des espèces en voie de disparition… ? Rien n’est moins sûr.

"Quantitativement, n’y a pas moins de secrétaires qu’il y a dix, quinze ou vingt ans. Par contre, on voit, au sein de cette grande population, une transformation, un déplacement des activités." 

Sélection naturelle ou empowerment ?

Autrefois dérobées dans l'ombre de "leur" cadre, les secrétaires sont désormais la tête de proue des équipes, d’un projet ou d’un service. Occupant l'espace du front-office, la ou le secrétaire est le confluent de toutes les interactions humaines, tirant par là même un levier stratégique insoupçonné. A l’heure du big data et des logiciels de reporting, ce corps de métier en vient même à assurer des fonctions autrefois exclusivement assurées par les cadres…. A moins que les super-pouvoirs de l’automatisation, saupoudrée d’externalisation, n’ait définitivement raison de lui.

"Si elles se saisissent de ces opportunités, elles vont pouvoir être identifié.e.s comme des personnes ayant une double compétence […] et manifester leur vraie valeur ajoutée. A contrario, si elles ne se saisissent pas de ces changements déjà en marche et qui vont très vite, je pense qu’il y aura un effet de falaise" 

Mais pour celles prêtes à relever le défi, comment tenir le rythme dans cette course à la compétence ? Autrefois facile d’accès, la formation et l’exercice du métier vont -ils devenir plus tortueux ? Quant à l’ancienne garde, entrée sur le marché de l’emploi avant l’ère du tout internet, est-elle disqualifiée par avance ?

Par-delà le niveau de niveau de diplôme initial et le degré de maîtrise des outils numériques, le seul facteur déterminant, explique François Granier, est la conscientisation de sa valeur ajoutée propre et la vision du sens que l’on souhaite donner à son métier. Valorisation des acquis professionnels, formation continue, voire mise en avant de compétences acquises dans la sphère personnelle… charge à chacune et chacun d’être proactif.ve pour ne pas perdre pied dans cette croisée des chemins.

"Ce mouvement d’ascension professionnelle, ce n’est pas une utopie, mais ça demande une vraie conscientisation de ces assistantes, ça demande aussi qu’elles soient écoutées et accompagnées dans la gestion de la fameuse double journée […], ça passe par l’actualisation fine des compétences et de ses savoirs." 

Réalisé par Laetitia Casas

Journaliste à Direction de la Communication du Cnam


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