L'atelier Critique

Animation

  • Sandrine Alexandre
  • Norbert Amsellem
  • Haud Gueguen
  • Camille Imhoff
  • Pierre Lénel

ATELIER CRITIQUE DU CNAM / LABORATOIRES LISE-CNRS ET DICEN-IDF

Cet atelier propose un espace permettant de mettre au jour les conceptions explicites et implicites, de ce que l’on considère comme un point de vue « critique » en sociologie. En s’appuyant sur les principaux textes historiques qui ont déployé une conception consistante de la critique, il a pour objectif de tracer les contours des postures critiques contemporaines, en France ainsi qu’à l’étranger.
Dès l’origine, il s’est donné comme point de départ l’ambition de traiter des  questions suivantes :
 
1- Qu’est-ce qu’être « critique » aujourd’hui, dans le champ sociologique ? Est-ce une posture (mais existerait-t-il une sociologie qui se revendiquerait « non critique » ?) ? Est-ce une pratique (mais alors critique de quoi ?) ?

 2- Quelles sont les différentes modalités historiques de la pratique critique (objectivation, dévoilement, dénonciation, accroissement du pouvoir d’agir...) ?

 3- Quels sont les effets sociaux de la critique sociologique ?

 4- Quelle place tient la sociologie et la sociologie critique en particulier, dans le champ de la critique sociale ? Quelles sont les modalités de la réception de la critique ? Qui sont les autres acteurs de la critique et comment circulent, ou non, les discours critiques entre sociologie et société ?
 

Chaque année, depuis sa création, ce groupe a défini collectivement ses buts et ses modalités de travail, au fur et à mesure de son déploiement. Les deux premières années de l’atelier ont été consacrées à l’étude des textes puis à partir de 2013, l’atelier a été dédié à l’analyse de nos pratiques, à partir d’études de cas, présentés par les participants.

Programme 2017

L’hypothèse de travail que le séminaire de l’Atelier critique souhaite explorer en 2017 consiste à envisager le phénomène de la digitalisation à partir de ce qui peut, de prime abord, apparaître comme un élément mineur et accessoire, mais que nous proposons au contraire de mettre au cœur de notre questionnement : la façon dont les technologies numériques fonctionnent au « profilage » ou à ce que l’on nomme parfois également la « profilisation ». Terme issu du registre esthétique, dont le sens fut ensuite étendu aux registres criminologique, professionnel et commercial, le « profil » est devenu, à l’occasion de l’émergence des technologies numériques d’information et de communication (TNIC), une catégorie socio-technique centrale, en ce sens que le dispositif technique auquel il renvoie (le « profil » qu’il est nécessaire de remplir pour utiliser un nombre sans cesse croissant d’interfaces et d’objets connectés) apparaît désormais comme la condition d’accès à toute forme d’environnement numérique.

On peut considérer que le profilage se joue à deux niveaux qui, tout en étant distincts et indépendants du point de vue de l’usage, n’en sont pas moins inséparables dès lors que l’on adopte le point de vue de leurs effets sociaux et politiques. À un premier niveau, le profilage fait référence à la façon dont nous utilisons, percevons, renseignons, voire jouons avec les dispositifs profilaires. C’est ce qui donne lieu à l’ensemble des informations que nous produisons et rendons publiques, selon des échelles variables, au moment où nous choisissons de créer et de remplir un « profil » de façon à accéder à une interface. Mais cela renvoie également, de façon plus large, à l’ensemble des traces que nous produisons à l’occasion de nos usages et qui, à un second niveau, permettent à leur tour de nous « profiler ». Si le « profil » apparaît ainsi au premier abord comme le résultat d’un processus actif, au sens où il est ce que nous produisons de façon consciente, cette dimension d’activité n’est toutefois pas exclusive d’une composante de passivité, voire de domination subie, dans la mesure où le profil comme dispositif et condition d’utilisation est quelque chose que nous ne choisissons pas, mais qui au contraire s’impose à nous et oriente ou prédétermine nos usages.

Cette dimension de passivité et de domination potentielle est en revanche caractéristique du second niveau que nous nous proposons de distinguer et qui renvoie donc à la façon dont l’ensemble des traces que nous produisons constitue la matière première d’un autre dispositif profilaire : ce que l’on appelle le data mining ou encore le big data, gestion des données massives qui sert, dans des domaines toujours plus étendus et nombreux, à profiler les utilisateurs, que ce soit à des fins de surveillance, de publicité ou de commerce. S’il est en réalité impossible de séparer totalement ces deux niveaux, on voit néanmoins qu’ils engagent des enjeux qualitativement distincts : la question psychosociologique et philosophique de la relation à soi et aux autres, pour le premier niveau ; la question d’ordre sociologique, économique et politique de la façon dont les dispositifs profilaires, mus par un idéal de prédictibilité, tendent à contrôler et orienter nos comportements. Même si la question se pose aussi de la manière dont ces deux enjeux peuvent s’articuler, par exemple, la manière dont la relation à soi et la relation aux autres induites par les dispositifs profilaires peuvent constituer le terrain ou l’objet privilégié du gouvernement des conduites aujourd’hui.

En choisissant cette année pour thème de l’Atelier critique les dispositifs profilaires, nous nous proposons d’interroger ce phénomène à la fois dans sa généalogie (puisqu’il serait naïf de n’y voir qu’un effet d’une supposée « révolution » numérique), mais aussi à partir des effets qu’il produit au sein d’un certain nombre de sphères sociales – qu’il s’agisse de la santé, du travail, de l’intimité, du politique, ce qui contribue à transformer autant qu’à renforcer les dispositifs de surveillance –, sans oublier l’impact que ces dispositifs sont susceptibles d’avoir sur les modèles épistémologiques classiques des sciences humaines et sociales, qu’il remettent en question, voire menacent, en remettant au goût du jour le mythe positiviste d’une connaissance exhaustive et totale des « faits » ou des « data », appliquée à ce qu’on pourrait ici nommer, de façon quelque peu dystopique, la gestion de l’humain.

Planning 2017 du Séminaire de recherche

« Dispositifs profilaires et digitalisation : ce que le ‘‘profilage’’ fait au social »

Les séances ont lieu de 16h à 18h au Conservatoire National des Arts et Métiers, 292, rue Saint-Martin Paris 3è.

 

1er février  : Louise Merzeau (Paris 10, Nanterre, Laboratoire Dicen-Idf) : « L’éditorialisation de soi » - Discutante : Virginie Julliard (Université Technique de Compiègne, Laboratoire Costech)

1er mars : Camille Paloque-Berges (Cnam, Laboratoire HT2S) : « La catégorie socio-technique de ‘‘profil’’ numérique : éléments pour une généalogie » - Discutant : Benjamin Thierry (Paris IV-Sorbonne, Institut des sciences de la communication-Cnrs)

13 avril : Olivier Voirol (Université de Lausanne, Institut für Sozialforschung) : - Discutante : Marie-Anne Dujarier (Paris VII, Laboratoire LCSP)

26 avril : Xavier Guchet (Université Technique de Compiègne, Laboratoire Costech) : « Médecine personnalisée et profilage génomique des patients » - Discutant : Norbert Amsellem (Université Paris-Sud, EA « Ethique, Science, Santé et Société »)

18 mai : André Vitalis (Université Bordeaux Montaigne, Laboratoire Mica) : « Les dispositifs profilaires comme dispositifs de contrôle post-panoptique des populations » - Discutante : Sandrine Alexandre (Université Paris 10, Laboratoire IREPH)

15 juin : Andrew Feenberg (University Simon Fraser, Ottawa) : « The Internet and the End of Dystopia » - Discutante : Haud Guéguen (Cnam, Dicen-Idf)